
Un petit boîtier, un câble, une tête métallique arrondie que le praticien promène lentement sur la peau après avoir étalé un gel transparent : la scène est familière à quiconque a fréquenté un cabinet de rééducation. L’ultrason en kinésithérapie fait partie des dispositifs les plus anciens du parc d’appareils, et aussi de ceux dont le fonctionnement reste le plus mal compris du public. Ce texte décrit la physique de l’onde, le geste professionnel et l’état des débats scientifiques, sans jamais indiquer ce qui conviendrait à une situation individuelle : cette appréciation revient au kinésithérapeute et au médecin.
Ultrason en kinésithérapie : la physique avant la pratique

Un ultrason est une onde mécanique de même nature qu’un son, mais dont la fréquence dépasse la limite supérieure de l’audition humaine, située aux alentours de vingt kilohertz. Les appareils utilisés en rééducation travaillent bien au-delà, dans une gamme qui se compte en mégahertz. La distinction est capitale : contrairement à un rayonnement lumineux ou à un courant électrique, une onde ultrasonore a besoin de matière pour se propager. Elle fait vibrer les molécules du milieu qu’elle traverse, de proche en proche.
La production de l’onde repose sur un phénomène physique connu depuis la fin du dix-neuvième siècle : la piézoélectricité. Un cristal soumis à une tension électrique alternative se déforme au rythme de cette tension. Placé dans la tête d’application, il se dilate et se contracte des millions de fois par seconde, générant une vibration qui se transmet au milieu adjacent. La face émettrice de la tête, celle qui touche la peau, s’appelle la surface de rayonnement.
La fréquence choisie détermine la profondeur atteinte. Une onde de fréquence élevée est absorbée rapidement et concentre son énergie dans les couches superficielles. Une fréquence plus basse pénètre davantage avant de s’atténuer. Les appareils de cabinet proposent généralement deux fréquences sélectionnables, ce qui permet au praticien d’adapter son réglage à la région anatomique visée. L’intensité, exprimée en watts par centimètre carré, constitue le second paramètre principal.
Pourquoi le gel est indispensable
Le gel de couplage n’a rien d’un accessoire de confort. Une onde ultrasonore traverse très mal une interface entre deux milieux de densités très différentes : elle s’y réfléchit presque intégralement. Or une fine lame d’air subsiste toujours entre une tête métallique rigide et le relief irrégulier de la peau. Sans intermédiaire, l’énergie rebondirait sur cette couche d’air et n’atteindrait jamais les tissus.
Le gel de couplage comble cet espace avec un milieu dont les propriétés acoustiques se rapprochent de celles des tissus biologiques. Il assure le passage de l’onde et permet en même temps à la tête de glisser sans frottement. Pour les zones anguleuses, comme une cheville ou un poignet, certains protocoles recourent à une immersion dans l’eau, qui joue le même rôle de milieu de transmission.
L’entretien de la tête d’application relève également du sérieux professionnel. La surface de rayonnement doit rester intacte, sans rayure ni dépôt de gel séché, sous peine de dégrader la répartition de l’énergie. Les appareils font l’objet de contrôles périodiques destinés à vérifier que la puissance réellement délivrée correspond à celle affichée sur l’écran, écart qui s’installe avec le vieillissement du cristal et passerait autrement inaperçu.
Un point technique explique un geste que les patients remarquent souvent : le praticien ne laisse jamais la tête immobile pendant l’émission. Le champ ultrasonore n’est pas homogène sur toute la surface, il comporte des zones de concentration d’énergie. Un déplacement lent et continu répartit l’exposition et évite une accumulation localisée. Ce mouvement circulaire ou en balayage fait partie intégrante de la technique.
Mode continu et mode pulsé
Les appareils proposent deux régimes d’émission, dont la logique diffère nettement.
| Paramètre | Mode continu | Mode pulsé |
|---|---|---|
| Émission | Ininterrompue pendant la durée réglée | Alternance de salves et de silences |
| Rapport cyclique | Cent pour cent | Fraction réglable, souvent un cinquième ou moins |
| Effet dominant recherché | Élévation thermique locale | Composante mécanique de la vibration |
| Sensation rapportée | Chaleur diffuse possible | Généralement aucune sensation |
| Réglage associé | Intensité, fréquence, durée | Intensité, fréquence, durée, rapport cyclique |
En mode continu, l’onde circule sans interruption et une part de son énergie se dissipe en chaleur dans les tissus traversés. Cette élévation thermique reste modeste et localisée. En mode pulsé, les silences entre les salves laissent le temps à cette chaleur de se dissiper, si bien que la composante thermique devient négligeable et que l’on isole les effets purement mécaniques de la vibration.
Le rapport cyclique exprime la proportion de temps pendant laquelle l’appareil émet réellement. Un réglage annoncé à vingt pour cent signifie que l’émission occupe un cinquième de la durée totale, le reste étant du silence. Cette valeur figure sur l’écran de la plupart des générateurs modernes, aux côtés de la fréquence et de l’intensité.
Le déroulé concret d’une application
Vu de l’extérieur, l’usage de l’appareil suit une séquence assez stable. Le praticien dégage la région concernée, vérifie l’état de la peau, puis sélectionne ses paramètres sur le générateur : fréquence en mégahertz, mode d’émission, intensité, minuterie. Il choisit ensuite une tête d’application dont la surface de rayonnement correspond à l’étendue de la zone visée, une petite tête pour une région étroite comme un poignet, une plus large pour une masse musculaire épaisse.
Le gel est étalé généreusement, parfois réchauffé au préalable pour éviter la sensation désagréable du contact froid. L’émission démarre et la tête se déplace en continu, à vitesse lente et régulière, sur une surface qui excède rarement quelques fois la taille de la tête elle-même. La durée réglée dépend de cette surface et des paramètres retenus.
Pendant l’application, la personne ne ressent le plus souvent rien du tout, ou une chaleur diffuse et modérée en mode continu. Cette absence de sensation surprend fréquemment : elle est normale et ne renseigne en rien sur ce qui se produit dans les tissus. Un ressenti de brûlure ou de douleur pendant l’émission constitue en revanche une information que le praticien attend et prend immédiatement en compte. Rien de tout cela ne s’improvise en dehors du cabinet : la pertinence d’une application, ses réglages et sa place dans un suivi s’apprécient avec le kinésithérapeute et le médecin qui accompagnent la personne.
Ce qui se passe du côté des tissus

Les mécanismes décrits dans la littérature se répartissent en deux familles.
Les effets thermiques correspondent à l’échauffement local produit par l’absorption de l’onde. Les tissus riches en collagène absorbent davantage que les tissus graisseux, ce qui explique que l’énergie ne se répartisse pas uniformément. Cette élévation de température est étudiée pour son influence sur la viscoélasticité des tissus et sur le débit sanguin local.
Les effets mécaniques regroupent des phénomènes plus subtils. La vibration engendre des micro-mouvements des fluides autour des cellules, décrits sous le terme de micro-massage. Les variations de pression peuvent également provoquer l’oscillation de microbulles de gaz présentes dans les liquides biologiques, phénomène désigné sous le nom de cavitation. Sous une forme stable et contrôlée, cette oscillation fait l’objet de recherches sur ses conséquences cellulaires.
Ces descriptions relèvent de la physique et de la biologie expérimentale. Le passage de ces mécanismes à un bénéfice clinique mesurable chez un patient constitue une question distincte, et c’est précisément là que le débat se situe.
Ce que dit la recherche, et ce qu’elle ne dit pas
Les ultrasons figurent parmi les techniques de rééducation les plus étudiées, et aussi parmi les plus discutées. Plusieurs revues systématiques publiées au cours des deux dernières décennies ont conclu à un niveau de preuve limité pour de nombreuses indications historiquement admises. D’autres travaux rapportent des résultats plus favorables dans des conditions expérimentales précises. Les données scientifiques restent donc discutées, et aucune synthèse ne fait aujourd’hui l’unanimité.
Plusieurs raisons expliquent cette situation. La variabilité des paramètres employés d’une étude à l’autre complique les comparaisons : fréquence, intensité, rapport cyclique, durée, surface couverte et technique de déplacement varient considérablement. La construction d’un groupe témoin crédible pose également difficulté, puisque l’appareil éteint reproduit exactement la même scène pour le patient. Enfin, les ultrasons sont rarement employés isolément dans la pratique réelle, ce qui rend délicate l’attribution d’un résultat à ce seul facteur.
Cette incertitude ne signifie pas que l’outil soit dénué d’intérêt, mais elle invite à la prudence face aux promesses. Un praticien peut y recourir lorsque les protocoles qu’il retient le justifient, en gardant une place secondaire par rapport au travail manuel et actif décrit dans notre présentation de ce en quoi consiste la kinésithérapie.
Une place parmi d’autres dispositifs
Les ultrasons cohabitent au cabinet avec plusieurs familles d’appareils, souvent confondues par le public alors que leurs principes physiques n’ont rien de commun. Les courants électriques agissent par stimulation des structures nerveuses ou musculaires, logique détaillée dans notre article sur le principe et les usages de l’électrothérapie. Les ondes de choc reposent sur une impulsion acoustique de forte amplitude et de très courte durée, décrite dans notre présentation de ce qui se passe lors d’une séance d’ondes de choc.
Une variante mérite une mention, tant elle prête à malentendu : certains appareils combinent dans un même boîtier une émission ultrasonore et un courant électrique délivré par la tête d’application, montage désigné sous le terme de combinée. Le principe consiste à superposer deux stimulations distinctes au même endroit et au même instant. Il ne s’agit pas d’une technique nouvelle, et son intérêt fait l’objet des mêmes réserves méthodologiques que les ultrasons employés seuls.
La confusion la plus fréquente concerne justement ces deux dernières familles. Un appareil à ultrasons émet une onde continue ou pulsée de faible amplitude, à haute fréquence, sur une durée de plusieurs minutes. Un générateur d’ondes de choc délivre des impulsions isolées de très forte amplitude, perceptibles et sonores. Les sensations, les réglages et les cadres d’emploi diffèrent totalement.
Le choix d’un dispositif, de ses paramètres et de sa place dans un parcours relève entièrement du professionnel, selon les protocoles qu’il retient et les éléments recueillis lors de son évaluation. Toute interrogation portant sur une douleur, une gêne ou une situation personnelle appelle une consultation auprès d’un kinésithérapeute ou d’un médecin.